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Baucher, François (1796 – 1873)

Autre(s) graphie(s) : Боше, Франсуа

« Écuyer français, né à Versailles en 1796, mort à Paris en 1873. À l’âge de quatorze ans, Baucher rejoignit à Turin un de ses oncles, écuyer du prince Borghèse et y travailla sous ses ordres « avec un zèle et une ardeur infatigables ». À la chute de l’Empire, il visita, pour son instruction, les principaux manèges, puis se fixa au Havre et exerça sa profession dans un manège dirigé par M. de Chatillon. Quelques années plus tard, il y fit construire un petit manège carré. Sollicité par des amateurs de Rouen de venir s’établir dans cette ville, il loua un manège rond situé rue Duguay-Trouin, et, pendant une douzaine d’années, il passa l’hiver et le printemps à Rouen, l’été et l’automne au Havre. Il vendit ensuite son manège du Havre et entra en relations avec Jules Pellier qui tenait un manège à Paris et avec lequel il s’associa vers 1834. Jules Pellier a collaboré à un de ses premiers ouvrages (Dialogue sur l’Équitation). Baucher se fixa alors à Paris et eut, au manège Pellier, 11, faubourg Saint-Martin, ses élèves qu’on peut appeler ceux de la première heure : MM Gaussen, Villard, baron de Curnieu, Marquis de Miramon, le Comte de Lancosme-Brèves, Rul, Léon Gatayes, de Fitte, Clément Thomas, Mackensie-Grieves, Maurice Walter, le Comte de Montigny, le colonel Lafitte, Sylvain Bénédic, D. Boutet, Henri Normant, Leroux, Morisseau, etc. Il acquit alors une grande réputation en présentant au public, au cirque des Champs-Elysées, de 1838 à 1848, des chevaux admirablement dressés, « stupéfiant les spectateurs par la précision avec laquelle il les montait » [1]. Parmi ces chevaux, Baucher cite lui-même, à la fin de sa Méthode, Partisan, Capitaine, Neptune et Buridan. Mais je dois à l’obligeance de M. Henri Baucher, son fils, la communication de la liste de presque tous les chevaux qui ont appartenu à son père, avec la description détaillée du travail exécuté. Cette liste est très intéressante, parce qu’elle donne la date de l’achat et celle du début au cirque, et, par conséquent, la durée du dressage. Pour quelques rares chevaux, pour Partisan, pour la jument Stades, pour Robert de Normandie, elle a dépassé un an, mais la plupart étaient présentés au cirque, c’est-à dire exécutaient le travail complet, au bout de quelques mois et souvent moins : Capitaine, de septembre 1839 à juin 1840; Godolphin, de juin à septembre 1841; Turban, de septembre 1846 à mai T847; Maylly, de juillet à septembre 1844; Géricault. « qui passait pour indomptable », fut dressé en 27 jours; Kléber en un mois, à la suite d’un pari avec le propriétaire du cheval, etc., etc. Mais la méthode n’avait encore pénétré dans l’armée que par quelques officiers isolés. Le général Oudinot, qui l’avait appréciée, fit envoyer à Paris, pour l’étudier, le commandant de Novital, alors écuyer en chef à Saumur; puis, 26 officiers de cavalerie suivirent à Paris, en mai 1842, suivant une décision du ministre, le cours de Baucher. À peu près en même temps, son fils M. Henri Baucher se rendait à Lunéville, enseignait les principes de la nouvelle méthode à un groupe d’officiers de Lunéville et des garnisons voisines et y faisait exécuter, avec des chevaux qui n’avaient guère qu’un mois de dressage, un carrousel au sujet duquel il reçut des éloges du duc de Nemours lui-même, qui était cependant un adversaire de la méthode. Enfin, en 1843, Baucher vint à Saumur, accompagné de son fils. Il y avait amené plusieurs de ses chevaux. Son cours commença le 16 février devant 43 capitaines-instructeurs et 24 officiers appartenant à l’École et dura deux mois. C’est surtout là que Baucher assit sa réputation parmi les écuyers militaires et s’y créa de chauds partisans. Le commandant de Novital, le colonel Desondes, Raabe, le commandant Guérin, l’élève préféré du maître, peuvent être cités comme se rattachant à cette époque, puis, plus tard, le colonel Gerhardt, le général Bonie, le lieutenant-colonel Dijon, le lieutenant Wachter et bien d’autres. Sa méthode fut alors, sous l’impulsion du commandant de Novital, enseignée à Saumur. Mais, peu après, une commission nommée par le Ministre de la guerre, et de laquelle faisait partie le duc de Nemours, dont l’opinion fut prépondérante en la circonstance, exprima un avis défavorable à la méthode, dont le Ministre interdit alors l’application à Saumur et dans l’armée.Toutefois, il est assez piquant de constater que cette interdiction ne s’appliqua pas au dressage (ainsi qu’en témoigne la brochure officielle : Nouvelle Méthode provisoire, approuvée par le Ministre de la guerre, pour dresser les jeunes chevaux, d’après les principes de M. Baucher, 1842), mais seulement à la méthode d’équitation elle-même. Cette nuance, sur laquelle Baucher nous éclaire, dans le chapitre la Vérité sur ma mission à Saumur, et de laquelle il se plaint amèrement, est rendue très nettement par la lettre du général Comte de Sparre, du 25 mars 1843, citée par Baucher dans le même chapitre. On conçoit qu’il ait naturellement défendu l’unité de sa méthode « qui est une et ne saurait se tronquer à volonté ». Baucher continua alors à Paris, et son professorat qui était très suivi et se donnait dans différents manèges, et ses réprésentations au cirque. Entre temps (vers 1844 ou 1845), il alla à Berlin avec le cirque Dejean et y eut de nombreux élèves[2]. Quelques années après, vers 1848, il partit pour Vienne, s’associa avec Soullier[3], directeur du cirque de cette ville et y fit aussi de nombreux élèves, parmi lesquels le comte Sandor, grand propriétaire hongrois et père de la princesse de Metternich, « le cavalier le plus hardi qu’on ait jamais vu, acceptant tous les défis et s’en tirant presque toujours à son avantage »[4]. De Vienne, il vint en Italie, toujours avec le cirque Soullier, et donna des leçons à Venise (que les Autrichiens venaient d’abandonner) et à Milan. Il revint en France en 1849, s’arrêta à Lyon et y donna un cours suivi par beaucoup d’officiers, parmi lesquels le général L’Hotte, l’une des gloires de l’équitation militaire française, alors lieutenant au 1er escadron des Guides d’État-major, en garnison à Lyon. Baucher rentra à Paris et y reprit ses leçons et ses représentations. Mais, au commencement de 1855, dans l’après-midi, au moment où il allait se mettre en selle sur une jeune jument qu’il dressait, le lustre du cirque se détacha et lui tomba sur le corps. Il échappa à la mort, mais il eut la jambe droite brisée et fut à moitié écrasé. Après ce terrible accident, il ne monta plus en public, mais jusqu’en 1870 il a continué à monter dans la matinée au cirque où il dirigeait le dressage des chevaux et l’instruction des écuyers, et où il avait encore, peu de temps avant sa mort, la haute main sur le personnel. Il faisait aussi, dans différents manèges, et, en dernier lieu, dans la rue de la Pépinière, des cours très suivis qui comprenaient 30 leçons. C’est à ces élèves de la dernière heure que se rattachent le général Faverot de Kerbrech, MM. Georges Parr, Lenoble du Teil, de Sainte-Reine, le capitaine instructeur Michel de l’artillerie de la garde, le comte d’Estienne de Chaussegros de Lioux, lieutenant aux guides, etc.[5]
[…]Appréciation générale sur l’œuvre de Baucher et sur son influence sur l’équitation : Peu d’hommes ont été aussi violemment attaqués que Baucher. Il faut parcourir les ouvrages d’ardente polémique que son enseignement a suscités avant et après 1840, pour se rendre compte du nombre et de la vigueur de ses adversaires dont le plus marquant et le plus redoutable était le Comte d’Aure. Il n’y a guère, à ce moment, d’écrivains hippiques qui, même en traitant des sujets étrangers à l’équitation, n’éprouvent le besoin d’attaquer en passant, ou, tout au moins d’égratigner Baucher. Ses partisans sont, il est vrai, des apôtres convaincus, mais ils sont en petit nombre (voyez d’Aure, Aubert, Caccia, Lecornué, Flandrin, Duchand, de Fitte, Raabe, Gerhardt, Wachter, Teulières, Clément-Thomas, Lancosme-Brèves, Henri Baucher, etc., pour les brochures et ouvrages de polémique pour ou contre la méthode Baucher). On peut attribuer cette violente opposition à l’hostilité que rencontrent tous les novateurs, à l’attachement respectable que des hommes considérables comme le comte d’Aure, Aubert et autres conservaient pour leurs vieux maîtres et pour leurs doctrines, mais il faut aussi y faire entrer pour une petite part les déboires qu’éprouvèrent au début ceux qui voulurent suivre la Méthode en s’inspirent uniquement des préceptes écrits de Baucher, sans avoir travaillé avec lui, et les fâcheux résultats auxquels arrivèrent quelques-uns d’entre eux. Un livre, en effet, est un guide insuffisant pour faire de l’équitation en général et surtout pour saisir les nuances d’une méthode particulière. Mais, de plus, il faut reconnaître que le style du maître n’est pas toujours suffisamment clair et précis, qu’il vise parfois à l’effet et à la bizarrerie comme dans les Dialogues, ou devient même tout à fait sybillin comme dans les Passe-temps. Aussi, au, début, Baucher n’a-t-il pas toujours été bien compris. Mais quand, peu à peu, les élèves qui avaient travaillé avec lui et suivi ses cours, ceux, en un mot, qui s’étaient formés directement à son école, furent, à leur tour, devenus des maîtres remarquables, sa doctrine se répandit et acquit, sur l’équitation moderne, l’influence la plus considérable. Ces disciples convaincus, dont les noms cités plus haut honorent l’équitation française, ont alors préconisé, contribué à répandre les principes de Baucher et désarmé les opposants par l’évidence des résultats obtenus. Lui-même, s’il n’a pas changé ses « principes », c’est-à-dire les grandes lignes de sa méthode, l’idéal vers lequel doit tendre celui qui s’inspire de ses doctrines, a introduit, vers la fin de sa carrière, d’importants perfectionnements aux procédés, aux moyens qu’il indique pour atteindre ce but [6].On a donc pu dire justement que, comme certains peintres célèbres, il a eu « deux manières », dont la seconde, élargissant l’horizon un peu resserré de la première, s’applique aussi bien aux allures allongées et rapides du dehors qu’aux airs les plus brillants et les plus difficiles du manège. Baucher fut vraiment un novateur. À l’heure actuelle, les traditions qu’il a laissées servent de base, en France et à l’étranger, à l’équitation savante, au dressage raisonné du cheval de selle. Presque tous les ouvrages publiés depuis un demi-siècle sur cet art passionnant s’inspirent plus ou moins, et quelquefois inconsciemment d’ailleurs, des principes qu’il a posés et des moyens équestres dont l’ensemble est connu dans le public hippique sous le nom de Méthode ou de Système Baucher. » Mennessier de La Lance (1915-1921)


« François Baucher (1796-1873) est l’un des plus grands écuyers français du XIXe siècle. Écuyer de cirque mondialement réputé, il suscitera l’admiration du public et partagera sa vie entre l’enseignement de l’équitation et le dressage des chevaux. Il est l’inventeur d’une méthode particulière qui verra une "Première manière" et une "Seconde manière" et qui révolutionnera, en grande partie, l’art équestre. Créateur de nombreux airs jusqu’alors inconnus (changement de pied aux temps, galop sur trois jambes, piaffer en arrière etc ...), il reste un artiste inégalé qui a inspiré de nombreuses génération, aujourd’hui encore. » Présentation de l’éditeur (2018)


Bibliographie (auteur principal)

Bibliographie (autre auteur)

2. Voir, à ce sujet, d’intéressants détails dans Entretiens sur la cavalerie, par le prince de Honenlohe, p. 144 et suiv. Le prince avait lui même suivi ie cours de Baucher, à Berlin.
3. Pour le cirque Soullier, voyez B. de Keroy.
4. Baucher eut plus tard un cheval gris qu’il baptisa Sandor et qui avait appartenu à ce cavalier émérite. Voyez sur le comte Sandor, Croque-Ville, Paris en voiture, à cheval, aux courses, à la chasse, 1892.
5. Articles d’avril et de mai 1873 du Journal des HarasŒuvres de Baucher, passim — Baron de Vaux, Écuyers et écuyèresNotes manuscrites de M. Henri Baucher et de MM. les généraux L’Hotte et Faverot de Kerbrech.